Histoire : il y a 100 ans, les filles rejoignent le scoutisme !

Le trèfle, emblème mondial du scoutisme féminin

Le trèfle, emblème mondial du scoutisme féminin

Suite au succès spontané de son ouvrage « Scouting for boys » et de sa pédagogie originale proposant l’aventure aux jeunes garçons sur le modèle du premier camp éclaireur de Brownsea, Baden Powell est sollicité de toutes parts. Il va d’ailleurs prendre sa retraite militaire en 1910, à 53 ans, suivant en cela les conseils du Roi Edouard VII, pour lui permettre de se consacrer entièrement au développement du scoutisme. Rappelons que dans les trois premières années du scoutisme, comme l’indique le titre de son manuel, la pédagogie scoute est réservée aux seuls garçons.

Dans l’Angleterre post-victorienne du tout début du XXème siècle, où il est mal vu qu’une jeune fille coure, soit essoufflée, fasse de la bicyclette, nage, ou simplement lève les bras plus haut que la tête (!), certains ont en effet toutes les peines du monde à imaginer que des filles puissent participer aux activités proposées par la vie des éclaireurs, où la forme physique par la pratique du sport et des ativités de plein air occupent un grand rôle. Et pourtant…

La création du mouvement guides

Pourtant, en 1909, lors d’un grand rassemblement d’un millier d’éclaireurs au Crystal Palace de Londres, se présente spontanément devant B.P. un groupe de filles, qui ont lu ses ouvrages, et lui demandent de laisser les filles entrer dans le mouvement éclaireur.

On peut concevoir que le général Baden Powell n’est au premier abord pas très à l’aise avec cette demande : il a depuis longtemps une expérience forte de terrain sur la formation des jeunes hommes, qu’il a depuis des années sélectionnés, entraînés et encadrés lors de sa carrière militaire dans les colonies britanniques, en Inde et en Afrique du Sud (notamment lors du siège de Mafeking). On peut cependant imaginer qu’il se sente pris au dépourvu en ce qui concerne l’application de ses idées pédagogiques originales aux jeunes filles !

Devant l’insistance des filles qui commençaient à s’organiser spontanément en patrouilles, Baden Powell prend conseil auprès de sa soeur Agnes, et réfléchit à la fondation d’un mouvement de scoutisme séparé, dédié aux filles. Son talent visionnaire semble dès-lors reprendre le dessus, alors qu’il rédige un premier essai sur la formation pédagogique des jeunes filles (après tout, pourquoi réserver aux garçons les bienfaits de ses techniques pédagogiques ?). Il décide d’utiliser le mot « Guides » pour désigner les éclaireuses. Il se souvenait en effet d’un régiment féminin qu’il avait vu servir sur la frontière Nord-Ouest de l’Inde, dénommées les « Khyber Guides« . De plus, le mot anglais « guides » semblait particulièrement bien adapté aux concepts et valeurs spécifiques que B.P. comptait proposer aux filles à l’aube du XXème siècle (au sein de la FEE, nous préférons traduire ce mot en français par « Eclaireuses« , tout comme nous traduisons le mot scout par éclaireur… on comprendra pourquoi dans la dernière partie de ce billet).

Le mouvement des Girl Guides fut donc fondé, passant par la création d’une association mondiale, parallèle à l’association de scoutisme créée pour les garçons (Boy Scouts). Dès 1910, 6000 jeunes filles avaient rejoint le mouvement, piloté au départ par la propre soeur de Robert Baden Powell, avec qui il coécrira un premier manuel pour le scoutisme féminin en 1912 (l’équivalent de son best-seller « Scouting for boys« , adapté aux filles).

En cette même année 1912, lors d’un voyage en bateau vers New York dans le cadre de sa tournée mondiale de promotion du scoutisme, Baden Powell rencontre Olave St Clair Soames, de 22 ans sa cadette, et qui deviendra néanmoins sa  femme. Très rapidement, Olave va se retrouver impliquée à la tête du mouvement des guides, dont elle prendra officiellement la tête en 1918 en tant que chef des Guides britanniques, puis en 1930 en tant que Chef guide mondiale (un titre honorifique que plus personne d’autre ne portera après sa mort en 1977).

Lord Baden Powell décède en 1941 au Kenya, où il s’était retiré pour vivre ses dernières années avec Olave (avec qui il eut 3 enfants). Celle-ci, étant donné son plus jeune âge, lui survivra pendant 35 années durant lesquelles elle va lui succéder à la tête du mouvement éclaireur mondial, avec un intérêt tout particulier pour les guides.

Après guerre : Coéducation et mixité

Au début du mouvement éclaireur féminin, dans les premières années du XXème siècle, la morale en vigueur ne permet pas d’envisager une éducation mixte des garçons et des filles. La donne va changer dans les pays occidentaux, avec l’évolution rapide des moeurs après la seconde guerre mondiale. Les femmes prennent un rôle de plus en plus important dans la vie sociale et revendiquent tout d’abord une égalité de statut avec les hommes. Les sociétés évoluent lentement (la France elle-même n’accordera le droit de vote aux femmes qu’en 1944), mais le mouvement pour l’égalité est fermement engagé, et les éclaireuses, qui ont eu la chance de bénéficier d’une expérience du scoutisme du même niveau que les garçons du même âge, sont souvent à l’avant-garde de ce mouvement.

Dans les années 1960, avec la « révolution sexuelle », apparaissent en France des courants revendiquant cette fois une convergence complète entre les principes d’éducation des garçons et des filles, et la mixité s’étant étendue partout dans l’éducation publique, de nouvelles questions se posent pour le mouvement scout.

Conforme aux moeurs et à la bienséance du début du siècle, le scoutisme pour les garçons et pour les filles avait été conçu par B.P. sous la forme de deux mouvements parallèles, mais complètement séparés, avec des principes spécifiques « adaptés » à chaque sexe. Cette vision ne semble plus appropriée pour un grand nombre de responsables du mouvement éclaireur dans la seconde moitié du XXème siècle. Ceux-ci vont donc s’engager, au niveau local, dans des réformes qu’ils jugent indispensable, après un demi-siècle, pour « dépoussiérer » la pédagogie des éclaireuses et éclaireurs.

Au sein même des différents mouvements scouts, différentes unités adopteront dans le courant des années 1960 à 1980, différentes solutions, parfois expérimentales. La plus courante est la « coéducation », qui consiste à réunir garçons et filles dans une pédagogie unifiée, avec des groupes accueillant à la fois des unités de garçons et de filles, qui peuvent conduire certaines activités en commun, mais restent séparés au niveau de l’unité (meute ou troupe).

L’évolution récente en France a donc été vers la création de mouvements mixtes, ou vers la réunion dans une même organisation des branches féminines et masculines de mouvements existants (les Scouts de France et les Guides de France ont par exemple fusionné tout récemment, en 2004, pour devenir les Scouts et Guides de France). La Fédération des Eclaireuses et Eclaireurs, créée en 1989, était dès le départ, comme son nom l’indique, un mouvement co-éducatif proposant une pédagogie complètement égalitaire et unifiée aux garçons et aux filles (scoutisme pour tous, sans discrimination), en intégrant des unités mixtes (meutes) ou « coéduquées » (troupes) en fonction des tranches d’âge.

D’autres mouvements, souhaitant demeurer plus fidèles à la tradition du scoutisme des origines et à la pédagogie de Baden Powell, ou pour rester conformes à des principes religieux stricts, ont gardé des structures bien séparées. Il existe donc aujourd’hui dans « l’offre de scoutisme » en France une grande diversité de formules, permettant aux familles de choisir, en accord avec leurs valeurs personnelles, le mouvement qui correspondra le mieux à l’éducation qu’elles souhaitent pour leurs enfants. Du point de vue de la FEE, cette diversité des visions pédagogiques est une richesse pour le scoutisme.

L’un des principes les plus courants à l’aube du XXIème siècle est celui des meutes mixtes (louvettes et louveteaux) pour les enfants de 8 à 11 ans (mais au sein de la meute, les sizaines ne sont pas forcément mixtes, commes nous le verrons), puis de troupes gérées en « coéducation » (unités séparées, mais activités communes, notamment le camp). C’est l’organisation que l’on retrouve au sein de la FEE, et qui constitue d’ailleurs, avec la laïcité du mouvement et sa pédagogie dite « unitaire » en termes de tranches d’âge, une des bases fondamentales de son identité sur le plan pédagogique.

La co-éducation selon la FEE : un scoutisme pour le XXIème siècle

Au sein des groupes qui forment la Fédération des Eclaireuses et Eclaireurs, les objectifs pédagogiques pour les garçons et pour les filles de tous âges sont strictement identiques : c’est le principe absolu de la non-discrimination qui s’applique.

Au niveau des unités fondamentales (sizaine dans la meute, et surtout patrouille dans la troupe), il n’y a cependant pas une mixité complète, afin notamment d’éviter toute dérive sexiste dans la division des tâches au sein d’une patrouille (du style cuisine et vaisselle pour les filles, constructions pour les garçons…)

Garçons et filles ont donc exactement les mêmes responsabilités au sein de leurs patrouilles respectives, et sont confrontés aux mêmes défis et expériences (il s’agit bien d’un même scoutisme pour tous). Voilà pourquoi, au sein de la FEE, on préfère parler d’éclaireuses et d’éclaireurs, de louvettes et de louveteaux plutôt que d’utiliser des termes distincts pour désigner filles et garçons, comme cela se fait dans d’autres mouvements (Guides et scouts, jeanettes et louveteaux,…)

La plupart des activités sont conduites en commun entre garçons et filles (camps, grands jeux,… ) et la mixité est de mise pour la conduite de ces activités (on peut donc bien avoir des équipes mixtes pour participer à un jeu) – garçons et filles se côtoient naturellement. Pour certaines activités où la mixité risquerait de poser problème pendant le camp (toilette, couchage,…), garçons et filles sont bien sur complètement séparés, comme l’impose d’ailleurs la législation (tentes séparées, horaires distinctes pour l’accès aux douches…)

Ce modèle adopté dès le départ par la Fédération des Eclaireuses et Eclaireurs est en accord avec ses valeurs de laïcité, de non-discrimination, d’ouverture et d’égalité des chances : depuis 100 ans que les éclaireuses sont entrées dans le scoutisme, il était tout naturel qu’elles occupent la place pleine et entière qui leur revient au sein de la FEE. (Comme l’éclaireur est courtois, c’est d’ailleurs la première place qui est réservée à l’Eclaireuse dans le nom de notre Fédération 😉 )

Pour bien comprendre l’identité de la FEE sur les valeurs fondamentales que nous avons évoqué ci-dessus (co-éducation, mais également laïcité et pédagogie unitaire), il convient de re-situer la naissance de la FEE, il y a 20 ans, au sein de l’histoire du scoutisme en France… C’est une autre histoire, que je vous raconterai demain 😉

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4 réponses à “Histoire : il y a 100 ans, les filles rejoignent le scoutisme !”

  1. […] est encore réservé aux garçons, comme l’indique clairement le titre de l’ouvrage. Les filles ne vont cependant pas tarder à se rallier spontanément au mouvement éclaireur en march…, et à demander une place à part entière dans le scoutisme… Mais c’est une autre […]

  2. descotes amanda dit :

    En parlant de fille ….
    Je souhaite un très bon anniversaire a jessica tchanko éclaireuse au groupe pierre de jean qui fête ces 13 ans aujourd’hui.
    Pleins de pensée pour toi ma grande et profite
    Amanda Marie Corinne

  3. […] Accueil > Terre > Histoire : Il y a 99 ans, les premiers éclaireurs français « Histoire : il y a 100 ans, les filles rejoignent le scoutisme ! […]

  4. nuptia MBEMBA dit :

    merci pour ce beau site qui aidera bon nombre de guides et éclaireuses a travers le monde à mieux se connaitre elle même et à mieux vendre notre patrimoine commun.
    commissaire nationale à la formation de l’association des Scouts et Guides du congo (Brazzaville)

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